Pour la première fois depuis 2009, la France attire plus que l’Allemagne

L’ « effet Macron » perdure encore un peu auprès des investisseurs internationaux. Après son élection à la présidence de la République, en 2017, les projets d’investissements directs étrangers avaient subitement accéléré. L’année suivante, la dynamique est restée toujours positive, mais à un rythme plus lent, selon le baromètre annuel du cabinet EY, publié mardi 4 juin. Au niveau européen, au contraire, EY note un recul historique de 4 % des investissements étrangers dans l’ensemble des 48 pays pris en compte dans l’étude.

En 2018, l’Hexagone a attiré 1 027 projets d’investissements internationaux créateurs d’emplois. C’est huit de plus qu’en 2017. Surtout, la France fait bien mieux que ses grands voisins, en plein ralentissement. Le Royaume-Uni, qui reste numéro un de ce classement européen avec 1 054 projets, a connu une chute de 13 % du nombre de ceux-ci par rapport à 2017. Quant à l’Allemagne, elle laisse sa deuxième place au classement à la France, une première depuis 2009. Elle n’a enregistré, l’an dernier, que 973 projets d’investissements, contre 1 124 en 2017. EY n’en précise pas le montant moyen.

Une parenthèse euphorique

Pour Marc Lhermitte, associé d’EY et l’un des coauteurs du baromètre annuel, une chose est sûre : « La France résiste aux chocs ! » Qu’ils soient externes ou internes, le pays semble vivre une parenthèse euphorique. Ni le Brexit, ni le ralentissement mondial, ni la réforme fiscale américaine, ni les guerres commerciales menées par Donald Trump contre la Chine ou l’Union européenne, ni enfin les « gilets jaunes » n’ont, pour l’instant, rebuté les investisseurs internationaux.

Cela corrobore l’étude du cabinet A. T. Kearney, publiée mi-mai, qui a placé pour la première fois l’Hexagone dans le top 5 des pays les plus attractifs pour les investisseurs internationaux. Selon ce classement, « la confiance des investisseurs est en augmentation constante depuis l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron. »

Quel que soit le thermomètre, la France surfe donc sur sa bonne image dans les nouvelles technologies. En 2018, elle a ainsi attiré 171 projets dans le numérique avec IBM, Symphony ou Fujitsu en chef de file. C’est deux fois mieux que le Royaume-Uni, note M. Lhermitte, qui estime que la France est en train de refaire son retard par rapport à son concurrent d’outre-Manche, à l’heure du Brexit, où de nombreux acteurs réfléchissent à quitter Londres.Lire aussi  

Par ailleurs, alors que la France a souffert ces trente dernières années d’une forte désindustrialisation, le pays réalise une « performance remarquable » dans l’industrie, avec pas moins de 339 projets d’investissements étrangers, dont 80 % d’extensions de capacités de production.

INFOGRAPHIE « LE MONDE »

D’ailleurs, note l’étude, les secteurs historiques comme la chimie, les équipements ou l’électronique ont connu une dynamique bien plus forte que la nouvelle économie (services, numérique ou finance). Les atouts de la Frabce ? « Malgré une fiscalité jugée importante, les entreprises étrangères plébiscitent la profondeur et la qualité du marché de l’emploi ainsi qu’un système de logistique efficace », relève M. Lhermitte.

Le crédit d’impôt recherche apprécié

Le pays est également très bien classé en matière d’investissements innovants (recherche et de développement) avec 144 projets recensés, en croissance de 85 % sur un an !

« C’est plus que le Royaume-Uni et l’Allemagne réunis, glisse M. Lhermitte. La persistance de plusieurs dispositifs sur le long terme comme les pôles de recherche, les pôles de compétitivité et, bien sûr, le crédit d’impôt recherche (CIR) commencent à porter leurs fruits. »

Si le CIR coûte quelque 6 milliards d’euros par an au budget de l’Etat, il est particulièrement apprécié des firmes étrangères. « Sans lui, confirme un industriel, beaucoup d’entreprises étrangères auraient déjà fait leurs bagages. Ce dispositif a permis de conserver de nombreux bureaux d’études en France ces dernières années. »

En revanche, l’Hexagone ne récupère pas encore assez de sièges sociaux par rapport à ses concurrents

En revanche, l’Hexagone ne récupère pas encore assez de sièges sociaux par rapport à ses concurrents. « La France devrait aujourd’hui se battre à ce sujet, affirmeMarc Lhermitte. Qui se rappelle qu’il y a douze ans à peine, Apple Europe avait son siège à Paris, avant qu’il ne parte à Londres ? Aujourd’hui, elle devrait tenter de le faire revenir à la faveur du Brexit. »

La France peut-elle rester sur cette dynamique positive ? Rien n’est assuré. En effet, selon l’enquête réalisée auprès de 500 dirigeants internationaux, l’étoile de M. Macron et du pays est en train de pâlir. Alors que 55 % des décideurs étrangers jugeaient, début 2018, que l’attractivité de la France allait s’améliorer dans les trois ans à venir, ils n’étaient plus que 30 % à le penser début 2019. Plus ou moins l’étiage moyen depuis 2013…

De fait, les perspectives d’investissement devraient s’en ressentir. Seulement 19 % des dirigeants pensent s’implanter ou s’étendre en France l’an prochain. Ils étaient 24 % à le penser un an plus tôt. Si l’image de la France reste positive, « les dirigeants interrogés estiment que la France est encore à mi-chemin de sa transformation », juge M. Lhermitte. Pour eux, le pays doit encore « poursuivre la simplification administrative, améliorer la compétitivité fiscale et le climat social ».

Philippe Jacqué

Le monde du 5 juin 2019

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